La vie et le dossier
<strong>El Hadj Alidou Kouanda</strong> était un imam musulman burkinabè et agriculteur, dont le témoignage conserve l’un des récits de pèlerinage les plus remarquables de l’histoire moderne de l’islam au Burkina Faso.
Lorsqu’il fut interrogé par *Sidwaya* en février 2001, Alidou Kouanda avait plus de soixante ans. Agriculteur de profession, il exerçait depuis plusieurs années la fonction d’imam du quartier de **Cissin Natinga**, à Ouagadougou. Son témoignage portait principalement sur le pèlerinage qui avait marqué une grande partie de sa jeunesse.
À l’âge de **vingt ans**, il quitta Ouagadougou en direction de La Mecque accompagné de son maître coranique, **El Hadj Abdouramane Raabo**. Ils partirent avec seulement **225 francs CFA**.
Leur itinéraire les conduisit de **Ouagadougou au Ghana, au Togo, au Bénin, au Nigeria, au Tchad puis au Soudan**, avant d’atteindre La Mecque. Le voyage ne fut pas continu. Les deux hommes effectuaient de longues haltes afin de travailler, de reprendre des forces et de réunir l’argent nécessaire à la poursuite de leur route. À **Lomé**, ils restèrent environ deux ans et gagnèrent leur vie notamment en vendant du fourrage.
Le trajet entre Ouagadougou et La Mecque dura exactement **sept ans et six mois**.
Entre le Soudan et La Mecque, ils empruntèrent un bateau afin de franchir l’étendue d’eau qui séparait leur route africaine de la péninsule Arabique. Ils arrivèrent quelques jours avant le mois du jeûne, y demeurèrent pendant le Ramadan, puis accomplirent les rites du Hajj.
Pour le retour, ils suivirent essentiellement l’itinéraire inverse et s’arrêtèrent de nouveau dans différents pays pour travailler et réunir les moyens nécessaires à la poursuite du voyage.
Entre leur départ de Ouagadougou et leur retour au domicile, l’ensemble du périple dura **onze ans et neuf mois**.
Interrogé sur ce qu’un tel sacrifice lui avait finalement apporté, Alidou résuma son objectif en quelques mots : **la grâce divine**.
Son récit interprète constamment le voyage à travers la foi, l’endurance, le sacrifice et la confiance en Dieu plutôt qu'à travers la recherche d'un prestige personnel. Dans ses dernières années, il demeurait profondément attaché à la pratique religieuse et expliquait consacrer une grande partie de ses journées à la mosquée, entre **prières et lecture du Coran**.
Le témoignage d’El Hadj Alidou Kouanda possède aujourd’hui une valeur historique particulière. Il documente directement une époque durant laquelle le pèlerinage de musulmans ouest-africains vers La Mecque pouvait nécessiter plusieurs années de voyage à travers le continent et montre combien pèlerinage, enseignement religieux, travail et réseaux musulmans transafricains pouvaient être étroitement liés.
La source documentaire principale est l'entretien de première main réalisé par **Sita Tarbagdo**, publié par *Sidwaya* le **6 février 2001** sous le titre **« El Hadj Alidou Kouanda : “Je suis allé à la Mecque à pieds...” »**, aujourd'hui conservé par la **Collection Islam Afrique de l’Ouest / IWAC**.
Use the already locked enhanced Museum image.
Nature du lien : institution. Un nom partagé ne constitue pas une généalogie.